Ambassadeurs 

01.04.2015

Comment construire un iglou*

Par Geneviève Auclair, MD
Igloo, Nunavut. Photographe: Alamy

Il y quelques années déjà, une collègue-amie et moi avons décidé de suivre le Nunavik Arctic Survival Training Course à Puvirnituq. Nous travaillions toutes les deux dans ce petit village de la Baie d'Hudson depuis un certain temps et nous nous apprêtions à faire une expédition hivernale en autonomie au parc national Auyuittuq, encore plus au Nord que le Nunavik, au Nunavut. Nous trouvions imprudent de camper dans cet environnement sans avoir appris les rudiments de survie en milieu arctique. Nous avons donc demandé aux instructeurs de nous donner le cours pendant nos fins de semaine sans gardes, entre nos semaines de travail.

La première partie des cours avait été en partie de la théorie en classe sur les principes de survie en général puis de la pratique à l'extérieur avec chacune notre panaq, le traditionnel couteau à neige des Inuit, pour apprendre à découper la neige en blocs. La deuxième partie incluait deux nuits à l'extérieur, bravant le froid glacial des nuits de février. Nous sommes parties loin du village en motoneige avec deux instructeurs Inuits, par mesure de sécurité au cas où l'un des deux se blessait.

Pour la première nuit, nous avons construit un iglou de groupe où tous les quatre allions dormir, sur des peaux de caribou. Le lendemain, nous devions chacune creuser un trou dans la glace - épaisse de quelques mètres - avec un pic à glace pour tenter de pêcher. Malheureusement, aucun poisson ne mordit dans nos trous durement percés. Puis, alors que toutes nos fibres musculaires brûlaient déjà, il nous a fallu construire notre propre iglou pour y passer la nuit.

Ce fut un travail physique ardu de découper chacun des blocs puis de les déposer de façon à créer une structure étanche qui ne s'effondre pas! Il faut être à la fois fin géomètre, architecte et ingénieur pour que la démarche donne un iglou solide. Les blocs cassent, la poudre de neige nous couvre au grand complet et le vent souffle sans pitié pendant la construction. Le test ultime du cours de survie m'attendait: passer la nuit seule dans son iglou, alors qu'il fait sous la barre du moins 35 à l'extérieur. La plus belle récompense de cette dure journée fut sans doute le spectacle incommensurable des arsaniit, les aurores boréales, dans le ciel sans lune cette nuit-là. Cela nous a toutes les deux donné le courage de réussir cette mission herculéenne. Imaginez recommencer cela tous les jours, comme les Inuit l'ont fait pendant des siècles pour survivre.

* Iglou: adaptation francophone du mot illu, qui signifie maison en inuktitut

* Le titre est un clin d'oeil au documentaire de l'Office national du film 'Comment construire votre iglou' de Douglas Wilkinson datant de 1949.

Partager